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Par Sylvain Leroux (Accueil) (Page perso)
 

En première approche, les traits de Scala s'apparentent à des interfaces (au sens Java). À ceci près qu'une interface ne fait que déclarer des méthodes. Alors qu'un trait a la possiblité de les mettre en oeuvre ainsi que de déclarer des données membres.
Mais leur usage dépasse largement celui d'une interface enrichie. Ainsi, dans cet article, nous allons voir comment il est possible de combiner des traits à une classe pour la doter de comportements spéciques.
Cet article suppose une connaissance élémentaire de la syntaxe de Scala.

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I. Intro

Pour cet article, nous allons partir d'un cas très simple, que nous allons progressivement complexifier pour voir quelles options s'offrent à nous pour mettre en oeuvre une solution en Scala.

L'exemple qui va nous servir d'illustration ici sera celui d'un logiciel de facturation d'abonnement téléphonique. De façon rudimentaire, chaque compte est un objet doté d'une méthode pour lui imputer une communication:
Compte.scala

/**
 * Un compte de facturation téléphonique.
 */
class Compte(client: String) {
  /**
   * Le nombre de secondes consommées (à facturer) ce mois ci.
   */
  var tempsConsomme	= 0
  /**
   * Relevé des communications facturées.
   */
  var releve = new ArrayBuffer[Tuple3[String,Int,Int]]()
 
  /**
   * Impute une communication sur ce compte.
   */
  def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    tempsConsomme += secondes
    releve.append((destinataire,secondes,tempsConsomme))
  }
 
  override def toString() : String = {
    val result = new StringBuilder()
 
    result.append("%-10s:".format(client))
    releve.foreach { t => result.append("%n\t%-14s%5d %5d".format(t._1, t._2, t._3)) }
    result.append("%n\t%s".format("-"*25))
    result.append("%n\t%19s %5d".format("Total:", tempsConsomme))
 
    result.toString()
  }
}
On pourrait s'assurer du fonctionnement d'un compte avec le programme de test suivant:
Chapitre_I.scala

object Chapitre_I {
  def main(args : Array[String]) : Unit = {
 
    val clients = Set(
    		new Compte("george")
    )
 
    clients.foreach { compte =>
      	/* Crédite 5 communications de 10, 50, 120 et 900 secondes à chaque compte */
      	(0 until 5).foreach { n =>
      		compte.impute(10, "888")     		// 10 secondes au répondeur  
      		compte.impute(2*60, "888")   		// 2 minutes au répondeur
      		compte.impute(15*60, "06xxxxxxxx")	// 15 minutes à un portable 
        }
 
        println(compte)
    }    
  }
}
Si vous lancez le programme Demo vous obtiendrez le résultat suivant:

george    :
	888              10    10
	888             120   130
	06xxxxxxxx      900  1030
	888              10  1040
	888             120  1160
	06xxxxxxxx      900  2060
	888              10  2070
	888             120  2190
	06xxxxxxxx      900  3090
	888              10  3100
	888             120  3220
	06xxxxxxxx      900  4120
	888              10  4130
	888             120  4250
	06xxxxxxxx      900  5150
	-------------------------
	             Total:  5150
OK: rien de très excitant pour l'instant. Tout au plus peut-on s'assurer que les appels sont bien décomptés à la seconde. Mais vous le savez, ça n'est pas comme cela que fonctionnent tous les abonnements téléphoniques...


II. Au forfait

Jusqu'à présent, nous avons mis en place une facturation à la seconde. Mais très souvent l'utilisateur opte pour un forfait. Comment coder dans notre application un fait comme John a un forfait 2 heures? Le moyen le plus simple serait de créer un nouveau type de compte. Le réflexe ici serait d'utiliser l'héritage:
Forfait.scala

/**
 * Un forfait.
 * 
 * Compte sur lequel un crédit de communication est pré-facturé.
 */
class Forfait(client: String, credit: Int) extends Compte(client) {
  /**
   * Crédit restant sur le forfait
   */
  var	restant = credit
  
 
  // facture d'emblée la consommation prévue dans le forfait
  super.impute(credit, "** Forfait **")
 
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    restant -= secondes
    if (restant < 0) {
      // hors forfait!
      super.impute(-restant, destinataire)
      restant = 0
    }
  }
 
  override def toString() : String = {
    "%s (restant sur forfait: %d)".format(super.toString(), restant)
  }
}
Il n'est pas compliqué ensuite de modifier le programme de test pour prendre en compte un nouveau client avec un forfait:
Chapitre_II.scala

// ...
	val clients = Set(
		new Compte("george"),
		new Forfait("john",2*60*60) // forfait 2 heures
	)
// ...
Enfin, l'exécution nous donne le résultat attendu:
george    :
	888              10    10
	888             120   130
	06xxxxxxxx      900  1030
	888              10  1040
	888             120  1160
	06xxxxxxxx      900  2060
	888              10  2070
	888             120  2190
	06xxxxxxxx      900  3090
	888              10  3100
	888             120  3220
	06xxxxxxxx      900  4120
	888              10  4130
	888             120  4250
	06xxxxxxxx      900  5150
	-------------------------
	             Total:  5150
john      :
	** Forfait **  7200  7200
	-------------------------
	             Total:  7200 (restant sur forfait: 2050)
			
A nouveau, rien d'extraordinaire. Et rien de spécifique à Scala: c'est de la programmation orientée objets tout ce qu'il y a de plus classique. Il est temps maintenant de complexifier un peu notre exemple...


III. Offres modulaires

Les opérateurs de téléphonie ne sont pas des gens qui sauraient se contenter de deux offres. Ainsi, pour le bonheur de leurs clients, ils aiment à leur proposer une grande variété d'options. Comme par exemple l'accès gratuit à leurs services (répondeur, suivi conso, ...). Et bien sûr, cette option doit pouvoir s'appliquer aux différents types d'abonnements. Ce qui nous donne maintenant 4 offres possibles:

  1. Facturation à la seconde;
  2. Facturation au forfait;
  3. Facturation à la seconde avec accès gratuit aux services de l'opérateur;
  4. Facturation au forfait avec accès gratuit aux services de l'opérateur.
Alors, comment coder cela en Scala? C'est ce que nous allons examiner dans la suite de cet article, en envisageant successivement plusieurs des options disponibles: Tout d'abord, nous allons poursuivre sur notre lancée en envisageant une solution basée sur l'héritage simple. Puis nous aborderons le modèle de conception décorateur. Et enfin, nous terminerons en voyant comment Scala propose au niveau du langage une alternative avec les traits.


III-A. Héritage simple

Pour commencer, examinons la possibilité d'utiliser l'héritage simple pour modéliser toutes ces différentes offres. Après tout, cette solution avait semblé satisfaisante lors de l'introduction du forfait. Alors, pourquoi changer une solution qui marche?

Comme on le constate sur le diagramme UML ci-dessus, ajouter une seule option implique de créer deux nouvelles classes: une pour les forfaits, une pour les comptes. Inutile de dire que le code risque d'être largement redondant. Par ailleurs, au dela de cet exemple, il n'est pas difficile de se rendre compte qu'avec cette solution la multiplication des options va entrainer une explosion combinatoire du nombre de classes à coder dans le système. Bref cette solution mène rapidement à une maintenabilité cauchemardesque. C'est sans doute le moment de faire appel au Gang des 4 pour voir ce qu'il nous propose...


III-B. Décorateur

La solution classique à ce problème est l'utilisation du modèle de conception décorateur. Avec ce modèle, la logique spécifique de chaque option n'a plus à être codée qu'une seule fois. Et peut être utilisée pour décorer n'importe quel instance de CompteAbstrait. Éventuellement un compte déjà décoré, ce qui permet de faire des combinaisons.

Une mise en oeuvre serait la suivante:
DecorateurServicesGratuits.scala
/**
 * Une classe qui met en oeuvre la gratuité de l'accès aux 
 * services de l'opérateur.
 * 
 * Ce décorateur peut s'appliquer à n'importe quel CompteAbstrait.
 */
class DecorateurServicesGratuits(base: CompteAbstrait) extends CompteAbstrait {
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    val servicesCompris = Set("888", "750", "751")
 
    // si le destinaire ne fait pas parti des services gratuits, l'imputer
    if (!servicesCompris.contains(destinataire))
      base.impute(secondes, destinataire)
  }
 
  override def toString() = {
    base.toString()
  }
}
Chapitre_III_B.scala
// ...
    val clients = Set(
    		new Compte("george"),
    		new DecorateurServicesGratuits(new Forfait("john",2*60*60)), // forfait 2 heures
    		new DecorateurServicesGratuits(new Compte("paul"))
    )
// ...
Le décorateur permet de modifier dynamiquement le comportement d'un objet pendant l'exécution. Par ailleurs, la mise en oeuvre d'une interface commune permet aux décorateurs de se subtituer à l'objet qu'ils décorent. C'est d'ailleurs cette caractéristique qui permet de les combiner. Bien sûr, cela implique que le décorateur implémente bien toutes les méthodes utilisables de l'objet qu'il cache - au moins comme des stubs qui passent simplement le contrôle à l'objet de base. C'est le cas dans l'exemple ci-dessus de la méthode toString().

Bien qu'éventuellement fastidieux, ça n'est guère un problème dans le cas ou la classe abstraite racine contient bien toutes les méthodes nécessaires. Mais malgré tout, cela peut soulever un problème. Reprenons le cas du forfait avec services gratuits:
new DecorateurServicesGratuits(new Forfait("john",2*60*60))
L'objet créé ainsi peut être utilisé comme un CompteAbstrait - puisqu'en vertue de l'héritage DecorateurServicesGratuits est un CompteAbstrait. Par contre, les méthodes et propriétés spécifiques au Forfait ne sont plus accessibles de l'extérieur.

Ce problème est plus susceptible d'apparaître quand on décore un objet mettant en oeuvre plusieurs interfaces. Seules les interfaces effectivement mises en oeuvre par le décorateur permettent de manipuler l'objet. Dans l'illustration ci-dessous, l'utilisation du décorateur ServicesGratuits restreint les méthodes accessibles sur l'Offre3G à celles de l'interface CompteAbstrait. Celles de l'interface AccesInternet ne sont plus accessibles, bien que mises en oeuvre par l'objet concret.

Autrement dit, un décorateur ne respecte pas le principe de substitution de Liskov: Un décorateur ne peut pas être utilisé partout où l'objet décoré peut l'être.

D'une certaine manière, le décorateur a les inconvénients de ses avantages: il est conçu pour modifier dynamiquement à l'exécution le comportement d'un objet. Pas pour créer statiquement à la compilation de nouveaux types. Or c'est justement ce que permettent les traits de Scala...


III-C. Traits

Scala nous offre la possibilité de construire de nouveaux types à la compilation en combinant les données et méthodes membres d'une classes avec celles d'un ou plusieurs traits. Dans la terminologie de Scala, des classes qui sont construites de cette manière sont appelées des mixins.

La notation qui permet de créer des mixins utilise le mot-clé with comme dans l'exemple ci-dessous. J'attire votre attention sur le fait que le trait ServicesGratuits peut être indifféremment mixé à un Compte ou un Forfait:
Chapitre_III_C.scala
// ...
    val clients = Set(
    		new Compte("george"),
    		new Forfait("john",2*60*60) with ServicesGratuits, // forfait 2 heures avec services gratuits
    		new Compte("paul") with ServicesGratuits           // compte avec services gratuits
    )
// ...
La différence fondamentale avec le modèle de conception décorateur est illustrée dans la diagramme UML ci-dessus: Vous y constaterez que seules des relations d'héritage sont présentes. Par conséquent, un forfait avec service gratuit est un Forfait. Autrement dit encore un mixin peut être utilisé partout où un objet d'une de ses classes de base ou mixant un de ses traits peut l'être.

Si à ce point nous avons détaillé l'utilisation d'un trait, nous n'avons pas encore vu comment le définir. Avec le code ci-dessous ce sera fait. Comme vous le verrez, la définition d'un trait ressemble beaucoup à celle d'une classe. La seule différence évidente étant l'utilisaton du mot-clé trait à la place de class:
ServicesGratuits.scala

/**
 * Un trait qui met en oeuvre la gratuité de l'accès aux 
 * services de l'opérateur.
 * 
 * Le trait ServicesGratuits ne peut s'appliquer qu'à un Compte.
 */
trait ServicesGratuits extends Compte {
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    val servicesCompris = Set("888", "750", "751")
 
    // si le destinaire ne fait pas parti des services gratuits, l'imputer
    if (!servicesCompris.contains(destinataire))
      super.impute(secondes, destinataire)
  }
}
Remarquez que le trait ServicesGratuits étend la classe Compte. Mais pour un trait, cette déclaration est plutôt une déclaration de contrainte: un trait ne peut être mixé qu'avec sa classe de base ou une classe dérivée de celle-ci. Le corrolaire est qu'une classe ne peut être combinée qu'avec un trait dont le parent direct est dans sa hiérarchie parente.

Cette contrainte à pour conséquence que la sémantique de la relation d'héritage est conservée au niveau des objets. En effet, puisque ServicesGratuits ne peut être mixé qu'avec Compte ou une de ses classes dérivées, on peut donc dire avec certitude que n'importe quelle instance mixant ServicesGratuits est aussi une instance de Compte.

Il est impossible de mixer le trait ServicesGratuits à la classe Hebergement si celle-ci n'est pas une classe dérivée de Compte.
Plus subtil encore, remarquez dans le code du trait l'appel super.impute:
ServicesGratuits.scala
trait ServicesGratuits extends Compte {
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    // ...
      super.impute(secondes, destinataire)
  }
...
Dans le contexte d'une classe, cette notation signifie "appeler la méthode définie dans la classe de base". Mais pas nécéssairement dans le cas d'un trait! En effet, au moment de la définition du trait, Scala ne sait pas encore avec quelle classe il va être mixé. Par conséquent, la classe référencée par super n'est résolue qu'au moment de la compilation du mixin. Par ailleurs, d'un mixin à l'autre une référence à super dans le même trait ne référencera pas nécessairement le même ancêtre.

Et comment Scala détermine la classe référencée par super? Grâce à une technique appelée linéarisation que nous allons maintenant aborder.


III-C-1. super et linéarisation

Le point à comprendre, c'est qu'avec l'introduction des traits, le graphe d'héritage (d'implémentation) n'est plus forcément un arbre comme ça l'est en Java. Afin de déterminer à quelle classe ou trait super va faire référence, Scala établit à la compilation pour chaque mixin un ordre strict pour les différentes classes et traits qui le composent. C'est la linéarisation.

Les spécifications de Scala précisent l'algorithme précis employé. Mais en faisant simple, dans l'ordre déterminé par la linéarisation, un mixin apparaît toujours avant ses traits mixés et avant sa super-classe. Et si une même classe ou un même trait apparaît plusieurs fois, seule la dernière occurence est conservée. Ce dernier point a en particulier pour conséquence que selon la classe avec laquelle un trait est mixé, super ne fait pas nécessairement référence au même type.

Pour être plus concret, l'ordre retenu pour le mixin Forfait with ServicesGratuits est le suivant:

  1. Forfait with ServicesGratuits (le mixin lui-même)
  2. ServicesGratuits (les traits sont linéarisés avant la classe de base)
  3. Forfait (une classe est linéarisée avant sa super-classe)
  4. Compte
A titre de comparaison, l'ordre pour le mixin Compte with ServicesGratuits est:

  1. Compte with ServicesGratuits (le mixin lui-même)
  2. ServicesGratuits (les traits sont linéarisés avant la classe de base)
  3. Compte
Scala linéarise chaque mixin indépendemment. Ainsi, l'appel super.impute dans la méthode du trait ServicesGratuits invoque dans un cas Forfait.impute, dans l'autre Compte.impute. Nous verrons aussi dans la prochaine section que l'on peut mixer plusieurs traits en même temps et que super peut aussi désigner un autre trait.

III-C-2. Mixer plusieurs traits

Nous allons maintenant aborder le coeur de cette technique: a savoir la possibilité de combiner plusieurs traits dans un mixin. Pour illustrer ce point, nous allons nous appuyer sur le cas de Ringo, qui a pris un forfait 1 heure, avec accès gratuit aux services de l'opérateur, mais dans lequel les communications en dehors du forfait comptent double. Pour mettre en oeuvre cette dernière spécification, à nouveau un trait peut être utilisé:
PenalitesHorsForfait.scala

trait PenalitesHorsForfait extends Forfait {
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    if (secondes > restant)
      super.impute(secondes-restant, "** Pénalité **")
 
    super.impute(secondes, destinataire)
  }
}
La PenalitesHorsForfait ne peut s'appliquer qu'à un Forfait. Ce qui est explicitement indiqué dans la déclaration du trait:
trait PenalitesHorsForfait extends Forfait { ...
Nous voici donc avec un utilisateur dont le forfait doit mixer deux traits. Ce qui s'écrit ainsi en Scala:
Chapitre_III_C_2.scala
// ...
    val clients = Set(
    		new Compte("george"),
    		new Forfait("john",2*60*60) with ServicesGratuits, // forfait 2 heures
    		new Compte("paul") with ServicesGratuits,
    		new Forfait("Ringo", 1*60*60) with PenalitesHorsForfait with ServicesGratuits
    )
// ...
Avec deux traits mixés avec la classe Forfait se pose à nouveau la question de l'ordre dans lequel invoquer les méthodes. La règle est simple, les derniers traits (dans la déclaration) sont prioritaires. Ce qui implique que l'ordre des traits est important!

Sur mon exemple, ServicesGratuits.impute arrivera avant PenalitesHorsForfait.impute. Ce qui est le comportement désiré: dans notre application il est souhaitable que ServicesGratuits ait l'opportunité d'écarter certaines communications du système de facturation avant que le calcul des pénalités éventuelles ne soit fait.
george    :
	888              10    10
	888             120   130
	06xxxxxxxx      900  1030
	888              10  1040
	888             120  1160
	06xxxxxxxx      900  2060
	888              10  2070
	888             120  2190
	06xxxxxxxx      900  3090
	888              10  3100
	888             120  3220
	06xxxxxxxx      900  4120
	888              10  4130
	888             120  4250
	06xxxxxxxx      900  5150
	-------------------------
	             Total:  5150
john      :
	** Forfait **  7200  7200
	-------------------------
	             Total:  7200 (restant sur forfait: 2700)
paul      :
	06xxxxxxxx      900   900
	06xxxxxxxx      900  1800
	06xxxxxxxx      900  2700
	06xxxxxxxx      900  3600
	06xxxxxxxx      900  4500
	-------------------------
	             Total:  4500
Ringo     :
	** Forfait **  3600  3600
	** Pénalité **  900  4500
	06xxxxxxxx      900  5400
	-------------------------
	             Total:  5400 (restant sur forfait: 0)

III-D. Déclarer les mixins

Jusqu'à présent, nous avons mixé les traits (with ...) directement au moment d'instancer les objets (new ...). Ca n'est guère élégant. Une meilleure option aurait été de déclarer les mixin une fois pour toute. Puis de les instancier au besoin:
Chapitre_III_D.scala

  /* Déclaration de trois nouveaux types */
  class OffreALaCarte(client: String) extends Compte(client) with ServicesGratuits
  class OffreLiberte(client: String, plafond: Int) extends Forfait(client, plafond) with ServicesGratuits
  class OffrePrimo(client: String, plafond: Int) extends Forfait(client, plafond) with PenalitesHorsForfait with ServicesGratuits
Chapitre_III_D.scala
// ...
    val clients = Set(
    		new Compte("george"),
    		new OffreLiberte("john",2*60*60)
    		new OffreALaCarte("paul"),
    		new OffrePrimo("Ringo", 1*60*60)
    )
// ...

IV. Que des traits...

Au cours de cet article, nous sommes parti d'une solution classique à base d'héritage simple pour évoluer vers la mise en oeuvre de traits pour représenter les différentes options gérées par notre application. Pour poursuivre dans cet esprit, on pourrait être tenté de transformer la classe Forfait en trait.

Rien ne nous y oblige. A part peut-être le désir d'uniformiser notre solution. Pour être honnête, cela va surtout être l'occasion pour moi d'introduire quleques notions supplémentaires. Mais n'anticipons pas trop, et commençons avec ce que nous savons déjà. A priori pour transformer la classe Forfait en trait, il suffit de remplacer le mot-clé class par trait, et de ne garder que le code spécifique:
trait Forfait(client: String, credit: Int) extends Compte(client) {
  // contenu inchangé par rapport à la classe
  // ...
}
Le problème est que le code ci-dessus n'est pas du code Scala valide! En effet, si vous tentez de le compiler, vous obtiendrez un message vous précisant:
traits or objects may not have parameters
Contrairement à une classe, un trait ne peut pas avoir de paramètre. En fait, un trait ne peut pas avoir de constructeur. Et encore moins invoquer le constructeur de sa classe de base. Bref, la definition de notre trait ne peut ressembler qu'à ceci:
// Le constructeur implicite du trait ne peut pas recevoir d'argument
// Et il ne peut pas non plus passer des paramètres au constructeur de la classe de base
trait Forfait extends Compte {
  // ...
}
Ce qui nous pose problème: en effet, il est nécessaire de pouvoir fixer le crédit disponible sur le forfait. Heureusement, Scala nous offre une possibilité de contourner ce problème en utilisant des valeurs abstraites. Le principe est le même que celui des méthodes abstraites que vous connaissez dans d'autres langages de programmation: elles sont déclarées et peuvent être utilisées dans une classe de base. Mais elles ne seront définies que dans une classe dérivée.

Dans notre cas, la valeur dont nous avons besoin est le crédit disponible sur le forfait. Nous allons donc faire de cette valeur une valeur abstraite. Et celle-ci sera définie dans le mixin:
trait Forfait extends Compte {
  // Valeur "abstraite" - devra être définie par le mixin
  val credit: Int

  // Le reste du code est identique
  /**
   * Crédit restant sur le forfait
   */
  var	restant = credit
 
  // facture d'emblée la consommation prévue dans le forfait
  super.impute(credit, "** Forfait **")
 
  override def impute(secondes: Int, destinataire: String) : Unit = {
    restant -= secondes
    if (restant < 0) {
      // hors forfait!
      super.impute(-restant, destinataire)
      restant = 0
    }
  }
 
  override def toString() : String = {
    "%s (restant sur forfait: %d)".format(super.toString(), restant)
  }
}
Maintenant que notre trait possède une valeur abstraite, celle-ci doit être définie au moment d'instancier une classe mixant ce trait:

new Compte("john") with Forfait with ServicesGratuits {
    // Définit la valeur abstraite pour cette instance
    val credit = 2*60*60
  }
Il est aussi possible de définir la valeur abstraite dans le mixin:
Chapitre_IV.scala

  class OffreLiberte(client: String, plafond: Int)
    extends Compte(client)
    with Forfait
    with ServicesGratuits {
    // Définit la valeur abstraite à partir du paramètre 
    // du constructeur implicite de ce mixin
    val credit = plafond
  }
  
  // ...
  
  new OffreLiberte("john", 2*60*60)
...
john      :
	** Forfait **  7200  7200
	-------------------------
	             Total:  7200 (restant sur forfait: 2700)
...
Excellent, n'est-ce pas? Et bien, pas tout à fait... Imaginons que nous modifions un peu notre programme pour que la durée des forfaits soit exprimée en heure au moment de la création de ceux-ci. Le changement est trivial:
Chapitre_IV.scala

  // Maintenant, le plafond est exprimé en heures
  class OffreLiberte(client: String, plafondEnHeure: Int)
    extends Compte(client)
    with Forfait
    with ServicesGratuits {
    val credit = plafondEnHeure*3600 // converti les heures en secondes
  }
  
  // ...
  
  new OffreLiberte("john", 2) // forfait 2 heures
...
john      :
	** Forfait **     0     0
	06xxxxxxxx      900   900
	06xxxxxxxx      900  1800
	06xxxxxxxx      900  2700
	06xxxxxxxx      900  3600
	06xxxxxxxx      900  4500
	-------------------------
	             Total:  4500 (restant sur forfait: 0)
...
Hein? Que s'est-il passé? Notez en particulier la valeur du forfait imputé: 0 seconde! L'explication de ce mystère est que, lorsqu'une valeur abstraite est initialisée par une expression, celle-ci est évaluée après l'initialisation des classes de bases et des traits mixés. C'est exactement le contraire de ce qui se passe quand on transmet des arguments à un constructeur. Dans ce cas, les valeurs des arguments sont évaluée avant l'exécution des différents constructeurs. C'est particulièrement piégeux, car comme nous l'avons vu précédemment, quand on initialise une valeur abstraite avec une constante, le compialteur propage celle-ci, ce qui dissimule ce comportement.

Si ces explications permettent de comprendre ce qui s'est passé, reste le problème de comment obtenir le comportement souhaité? Une solution est de pré-initialiser les valeur (en anglais, on parle de early definitions). Concrètement, il s'agit de faire apparaître l'initialisation des valeurs abstraites dans un bloc placé avant la classe de base:
Chapitre_IV.scala

  // Maintenant, le plafond est exprimé en heures
  class OffreLiberte(client: String, plafondEnHeure: Int)
    extends { // pré-initialisation de la valeur abstraite
      val credit = plafondEnHeure*3600
    } with Compte(client) // exceptionnellement ici, la classe de base est introduite par 'with'
    with Forfait
    with ServicesGratuits

  // ...
  
  new OffreLiberte("john", 2) // forfait 2 heures
...
john      :
	** Forfait **  7200  7200
	-------------------------
	             Total:  7200 (restant sur forfait: 2700)
...

V. Conclusion

Voilà, cette présentation des traits sous la forme de comportements empilables est terminée. Nous avons vu ici que les traits permettent de composer de manière modulaire des classes. Bien sûr, cette technique n'est pas une panacée. Elle a ses propres limitations. Justement liées au fait que les mixins sont créés statiquement à la compilation. Ainsi, il est nécessaire de recompiler tous ses mixins si vous ajoutez une méthode à un trait. Et on ne peut pas (facilement) créer à l'exécution de nouveaux mixins. Néanmoins, il s'agit d'une technique intéressante pour rendre le code modulaire. A ajouter à votre trousse à outils si vous programmez en Scala!


VI. Ressources


VII. Remerciements

Un grand merci à Eric Siber pour m'avoir proposé d'héberger des articles sur Developpez.com et pour ses relectures de cet article.



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